lundi 20 avril 2015

June Perray Les poussières de lune

June Perray, Les poussières de lune

En hommage à May Picqueray, libertaire et "réfractaire"
En hommage aux écrivains Bernard Clavel et Roger Vailland
Pour Chrystelle et les "poussières de lune"
 
« On peut considérer la vie tout entière sous l'angle d'une série de choix à faire entre coopérer et trahir. » David Lodge, Pensées secrètes page 69 

Retour de manif                                                                                             - page 1-


« Tu ne t'imagines tout de même pas que ça naît comme ça une manif ! » May Picqueray 
 
- Oh, mon dieu, je suis crevée, s’écria June en s’affalant sur une chaise. Deux heures de marche sous un soleil de plomb, à piétiner bien souvent tellement on était nombreux. 

June était en nage, fatiguée mais heureuse. Il fallait qu’elle parle, qu’elle exprime tout haut les sentiments, les impressions qui se bousculaient dans sa tête et sortaient en désordre de sa jolie petite bouche en cœur. Peut-être que simplement, elle avait besoin de se parler à elle-même et que dans ces moments-là, je n’étais qu’un faire-valoir. Elle continua sans me regarder comme si naturellement je devais être là, quelque part dans la pièce où elle s’épongeait le front et se passait une serviette dans le cou pour se rafraîchir, comme un sportif, tout en continuant à discourir.

- Tiens, passe-moi donc la serviette dans le dos. J’étais bien entourée, tu sais, que de monde à la manifestation ; tous les copains étaient là… sauf toi. 

Petite pique que j’attendais, motif de querelle récurrent entre nous. Je ne croyais plus guère à ce genre d’action, fouler les rues en traînant des pancartes et en reprenant des slogans pour « faire connaître la cause » comme elle disait, pour que les quelques médias présents fassent leur maigre pitance de ces gesticulations et en touillent des comptes-rendus insipides qui avaient le don de l’énerver. Vendre du papier contre un peu de pub, quel deal motivant ! Personne n’était dupe finalement, et je refusais maintenant le plus souvent de me mêler à ce genre d'action. « Oh toi, oh toi,  me rétorquait-t-elle d’un air exaspéré, tu trouves toujours à redire. Si on t’écoutait, on ne ferait jamais rien ! » 

Ben voyons. Elle pouvait parler, avec ses joues en feu et ses pieds en compote. Pendant la manif, ils se faisaient du bien entre eux, contents de défiler ensemble et de gommer, le temps d'un défilé, les oppositions et les rancœurs. Tous la main dans la main, pour crier les mêmes slogans. Crier ensemble, ça booste, ça unit. La preuve, les psychologues en mal de nouveautés ont vite repris cette variante du "cri primal". Alors bien sûr, ils goûtaient peu la contradiction. Et June, cette façon de fonctionner lui allait  bien; car elle était ainsi June, démarrant au quart de tour, ce qui me plaisait bien… même si c’était parfois fatigant, même si parfois elle me gonflait.

- Bernard Vélacle, notre grand costaud, tenait haut la banderole avec le Jean-Paul Morand qui est presque aussi grand que lui. Et nous les petits, on était juste devant, Josiane et Louis me tenaient de chaque côté par un bras. J’étais coiffé d’une espèce de haut-de-forme sur lequel on avait inscrit au feutre : « Liberté pour Francisco. » Louis avait griffonné quelques phrases sur un bout de papier qu’il tenait à bout de bras mais comme il n’y voit plus guère, c’est nous les filles qui les hurlions de bon cœur, reprises alors par la suite du cortège. Quelle joie de se sentir ainsi solidaires, d’oublier les difficultés. Tu sais, dans ces moments-là, il n’y a plus de doutes…  

Fatiguée mais heureuse. Comme d’habitude. Elle en redemandait de la manif comme si elle avait besoin de ces moments de communion pour se ressourcer et repartir dans la lutte comme un bon petit soldat. Mais je me gardais bien de gloser sur son engagement et d’amorcer une discussion oiseuse où je me sentais aspirer dans une spirale sans fin.  Elle s'arrangeait toujours pour avoir le dernier mot.
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- Aucun incident, cette fois-ci ? 

Elle me jeta un œil noir pour me faire savoir qu’elle ne goûtait pas trop cette allusion aux incidents de la manifestation précédente. 

- Non, aucun. Ils avaient renforcé le service d’ordre pour « qu’aucun fauteur de troubles extérieur à la manifestation ne vienne menacer l’ordre public » comme dit le communiqué de la préfecture. Cette fois-ci, les flics étaient plus nombreux et avaient pris leurs précautions. 

- Ah, fis-je remarquer, ils avaient pris leurs précautions, c’est-à-dire qu’ils étaient allés pisser avant de prendre leur service…

Nouveau regard noir. Et silence. Sur certains sujets, elle manquait d’humour et ça faisait partie de son charme. Au bout d’un moment, elle se décida à me répondre. De toute façon, à ce jeu du silence qui s’installait, elle savait qu’elle était perdante et qu’elle ne pourrait le supporter longtemps. Et bien sûr, je savais qu’elle savait… un jeu entre nous... qui pouvait parfois dégénérer.

Tout en massant ses pieds endoloris, elle me fit remarquer qu’elle se fichait bien des problèmes des flics et que si la dernière fois, ils s’étaient faits « chahuter » leurs fourgons, ils n’avaient à s’en prendre qu’à eux-mêmes.  Et « chahuter » était dans sa bouche un doux euphémisme… J’arrêtais là les hostilités avant d'en arriver à une bouderie que je jugeais sans objet. Et puis on avait mieux à faire… 

June, « notre soleil de juin », « notre Junon » -elle aimait bien qu'on l’appelle ainsi- était une réactive, prête à s’enflammer à la moindre étincelle, à s’engager à la moindre occasion. Et les occasions ne manquaient pas. On pouvait toujours trouver quelque part un galeux, un chien perdu sans collier à défendre et à réconforter, une bonne cause pour qui déterrer la hache de guerre. Elle disait que ça lui venait de loin, d’un père sec et violent qui lui faisait peur et contre qui elle s’était pourtant rebellée, à force de volonté, par un instinct qui la portait à s’opposer, lui forgeant un caractère indépendant balançant curieusement entre une réaction de méfiance et un besoin de faire confiance. D'où parfois des changements d'humeur qu'elle maitrisait difficilement et qui l'énervaient.
Nous, on était habitués...


Sa jeunesse... quand on en parlait, elle restait fermée, évasive, elle la femme ouverte, se refermait sur son passé... « ma vie a été un roman-feuilleton sans intérêt, sans cul ni tête, alors à quoi bon ressasser tout ça...  » J'aimais ce mouvement de la main, geste souple et gracieux qui était si naturel, comme un prolongement de sa façon d'être. Pointe d'émoi quand elle s'étirait, quand elle riait, tournant à-demi sa taille quand quelqu'un entrait à l'improviste dans l'arrière-salle du bistrot de Guy Savenay, qui nous servait de salle de réunion. Gestes si naturels qu'elle ne s'apercevait de rien, parlant à l'infini (elle adorait parler), changeant de sujet, enchaînant des phrases ponctuées de « qu'est-ce que tu en penses ? » pour relancer la conversation. Bof, en général, « je n'en pensais pas grand chose ». Pour les tracts et les pétitions, elle connaissait ma position, beaucoup de travail pour peu de résultat. Pour le reste,par exemple sur la jalousie de Renate, une nana qu'on voyait de temps en temps et qui aurait bien voulu piquer Bernard à Josiane... De toute façon,  Bernard ne voyait que Josiane, alors... et Renate en délicatesse en France risquait l'expulsion à tout moment et n'allait pas s'éterniser. Ce qui faisait bondir June éructant sur ce pouvoir bourgeois qui foulait aux pieds la patrie des droits de l'homme... et là, je la rejoignais parfaitement.
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A mon tour je la titillais sur sa mystérieuse enfance... pour mieux l'inciter à parler. Car curieusement, cette grande bavarde restait fort diserte sur certains sujets.   « Alors comme ça, tu me la joue jeunesse misérable d'une pauvre petite fille traumatisée. »Pas besoin d'en rajouter pour qu'elle monte sur ses grands chevaux. 

- « Ma jeunesse... tu parles... Je n'en ai pas eu. Les enfants pauvres n'ont pas de jeunesse, ils n'ont pas le temps, il faut aider, il faut travailler, toujours quelque chose à faire, toujours l'impression que ... Et puis, de toute façon, après ça continue, on croit que ça change mais c'est toujours pareil. Au lieu d'avoir les parents sur le dos, c'est le patron ou plutôt la patronne le plus souvent. Fais ci, fais ça, ce n'est pas encore fini, des donneuses d'ordres à répétition, ça n'arrêtait jamais. Ah, les petits patrons et les petits chefs... » Sur la question, elle était intarissable.

- Alors, comme ça, ton père te battait...
- J'étais son souffre-douleur, surtout quand il avait bu. Un homme secret, jamais une parole aimable, toujours en pétard contre quelqu'un. Oh, rien d'original, j'en ai connu des copines qui ont vécu le même genre d'histoire !
- Et ta mère laissait faire ?

- Ma mère ! Parlons-en... Elle m'accusait sans cesse d'avoir failli mourir en me mettant au monde et me vouait une espèce de haine froide et distante. Comme si j'y étais pour quelque chose... J'avais honte qu'elle m'apostrophe en public, beaucoup plus que des gifles qu'elle me flanquait, qui n'étaient rien comparées aux pattes d'ours de mon père. Elle, c'était la haine ordinaire, un rejet incompréhensible pour la petite fille que j'étais alors, des avanies qui me laissaient désespérée, sans forces. Voilà, monsieur le curieux doit être content maintenant, satisfait de ma petite confession. Quelle famille, n'est-ce pas, digne d'un tableau à la Zola. La pauvreté comme exutoire aux pires excès, mauvais parents, mauvais citoyens, gibiers de potence...
Maintenant, je peux en parler, j'ai tourné la page.


La rencontre                                                                                                    - page 4 -

Écorchée vive  sans doute (et pour toujours), elle allait dès qu'on s'est connus en donner toute la mesure, mais ouverte aussi, le cœur sur la main, ce qui lui joue parfois des tours, ce qui chez elle n'était pas de vains mots. Certains recueillent des chats, elle c'était tous les réprouvés de l'Europe et d'ailleurs. Dans son deux pièces d'un vieil immeuble situé boulevard de La Villette et chez ses copains des bâtiments d'à côté défilaient tous les refoulés des dictatures, en fuite, exilés, menacés, recherchés, traqués, transfuges qui restaient quelques jours ou quelques mois, en transit vers des contrées plus paisibles ou venus récupérer des forces avant de reprendre le combat. Beaucoup de slaves en rupture de communisme, devant choisir entre déguerpir rapidement et croupir dans un Goulag quelconque.
Demain, ils viendront d'ailleurs, toujours avec leurs souvenirs plus lourds que leurs bagages et la peur au ventre.


Dans le milieu assez étroit qu'elle fréquentait, tout le monde la connaissait... et lui refilait les chiens perdus sans collier qui hantaient le quartier à la recherche d'une bonne âme.  « Bah... lorsqu’on n’a pas un tempérament de bête soumise, comment ne pas s’engager ? » répétait-elle à l'envie, reprenant une phrase de Bernard. Et soudain plus sérieuse, elle ajoutait cette phrase (toujours de Bernard) qu'elle plaçait parfois dans ses discours : « J’estime que je n’ai pas le droit de cesser de me battre pour que la justice et la paix s’imposent. » J'aimais bien qu'elle fût ainsi, toute rose dans  son ensemble de la même couleur, s'échauffant peu à peu, indifférente à ce qui se passait autour d'elle, l'enthousiasme qu'elle mettait dans tout ce qu'elle entreprenait.

 Moi aussi à l'époque, je transitais dans le quartier, gîtait chez les Boutyrka -des relations communes- qui habitaient près du bistrot de Guy Savenay depuis leur expulsion de Russie. Les rencontres ménageaient parfois des liens avec des personnages haut-en-couleurs venus d'un peu partout, des russes blancs arrivés peu après la Révolution d'octobre, des polonais, des ukrainiens qui avaient fui la terreur stalinienne, des juifs qui eux, avaient fui les pogroms... Il y avait là « toute la fine fleur de la populace, » comme chantait Brassens, tout un tas de fuyards qui se retrouvaient dans les bistrots environnants pour parler du pays... et de l'insaisissable Révolution.

Elena et Lev Boutirka évoquaient souvent avec une nostalgie appuyée, leur passé tumultueux avec tout le pathos que les slaves savent donner à l'expression de leurs sentiments. Lev levait ses bras décharnés et prenait Elena à témoin en s'exclamant « Ah, mon dieu, notre vie a basculé du jour au lendemain, n'est-ce pas Elena, nous avons connu l'horreur des expulsions, de l'arbitraire, les brimades quotidiennes pour nous briser ! » Et la paille humide des cachots soviétiques. 

Un soir de meeting pour la défense des libertés avec quelques amis, -on organisait souvent ce genre de réjouissances- je vis  une petite bonne femme monter soudain sur une table et dénoncer avec véhémence la présence à cette réunion de communistes qui tapaient aussi bien sur les nantis, les bourgeois qu'ils dénonçaient à chaque occasion, que sur ses amis. « Oui mes amis, messieurs. Combien les communistes en ont-ils tués ? » Un type devant moi applaudissait en glissant à un collègue : « Hein, June elle a pas froid aux yeux, elle mâche pas ses mots et elle sait parler en public ! » 
Ainsi, elle s'appelait June.
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Elle profita de l'intérêt de l'auditoire pour continuer sur sa lancée : « Nous parlons ici de liberté, c'est même le thème de cette réunion : il ne suffit pas de discourir à l'infini, de manifester notre défendre à tout crin les libertés, encore faut-il passer aux actes et appliquer à nous-mêmes nos propres valeurs. Donner l'exemple, oui l'exemple, avant de vouloir donner des leçons aux autres. »
Médusée l'assistance, sans réactions, même si sa dernière sortie n
e fut pas du goût de tout le monde.

Elle les visait d'un doigt accusateur, sans se préoccuper des remontrances timides du président de séance qui tenta en vain d'intervenir après s'être remis de son émoi. Elle toisait d'un regard froid tous ceux qui entouraient le président. « La liberté ne se divise pas, ne se repousse pas à d'hypothétiques jours meilleurs. Elle est ou elle n'est pas. Il est inutile de se cherche de bonnes et de mauvaises raisons pour remettre aux calendes grecques ce qu'on reproche aux autres et qu'on refuse de s'appliquer à soi-même. »

Quoi répondre, sinon biaiser. C'était net et clair, asséné sur un ton qui ne supportait aucune contestation, aucun de ces pauvres arguments qui ne sont que justifications, un ton aussi clair que son propos, un sérieux que renforçaient les lunettes qu'elle avait chaussées. J'applaudis mais fut peu suivi. Manifestement, elle était minoritaire dans cette assemblée mais son audace m'avait convaincu. Je lui fis un clin d'œil qu'elle me rendit ; le courant était passé entre nous. Admiration pour son courage -quand même teinté d'un brin d'inconscience- et pour son sens du discours. Apparemment, mon initiative avait été appréciée.

Après le meeting, nous nous retrouvâmes quelques-uns dans le bistrot voisin, devant un maigre buffet garni, buvant une bière pour faire descendre les gâteaux secs. A une table voisine, un autre groupe s'entretenait bruyamment sur les incidents -c'est ainsi qu'ils désignaient l'intervention de June- qui avaient marqué la réunion. Apparemment elle avait laissé des traces.

Même entre nous, on ne se mélangeait pas, chaque courant refermé en sous-groupes de tablées formant cercle autour d'un leader où il était difficile de s'immiscer. On s'épiait en sirotant un verre de mousseux ou de jus de fruits. Des journalistes aux aguets jetaient des questions insidieuses pour nous pousser dans nos retranchements, exagérant à dessein nos divergences mais on connaissait trop la musique médiatique pour tomber dans le panneau. Il s'agissait plutôt de savoir qui arriverait au mieux à utiliser l'autre.


Pa question en tout cas d'admettre officiellement nos différences d'analyse. Les mises au points, c'était entre nous, sur le pré carré et à l'écart du monde. June, par ses propos, avait étalé au grand jour l'impossible alliance avec les communistes et violé le tabou, au moins à cet égard. Son côté coup de pied dans la fourmilière.

C'est d'ailleurs à propos de mes applaudissements appuyés qu'elle m'aborda. Elle tenait à s'expliquer disait-elle, à dissiper tout malentendu sur les raisons de son intervention. « Je me fiche bien des stratégies d'états-majors, des apparences qu'il faudrait sauver à tout prix, des petites combinaisons de ceux qui cherchent à ménager la chèvre et le choux. » Je la découvrais ainsi June, entière et franche, sans arrière-pensées et sans calculs.
et d'instinct, je m'en sentis très proche.   


Elle tenait à me raconter comment ceux qu'elle avait houspillés, des communistes qui perturbaient souvent leurs réunions, les avaient agressés pendant la dernière campagne électorale, blessant le camarade Guy Savenay d'une balle à l'épaule.  « Oui, vous m'avez bien entendu, une balle dans l'épaule... ils utilisent des armes à feu contre leurs propres compagnons de route. (c'est leur formule) Ils ne souffrent aucune contestation, aucune. Ils ont toujours raison, une dialectique implacable et totalitaire. Mais ils n'en restent pas qu'aux mots ! » J'admirais dans ses yeux cette étincelle de surprise outrée face à la morgue de ces types, cette naïveté désarmante.
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Dès cette première rencontre, les premiers regards échangés, le sort de nos relations fut réglé. Je fus conquis par sa formidable énergie qui la jetait dans le courant de la vie. J'adorais la voir démarrer au quart de tour, guidée par sa colère et son indignation face aux injustices, aux violences, à la répression, « écoute-moi ça, je n'en crois pas mes yeux...  » C'était parti, enfourchant sans plus attendre son nouveau cheval de bataille. Il ne restait plus qu'à la suivre.

Aussi, quand un ami l'appela de Suisse pour lui parler des enfants du Bangladesh, mutilés, tués dans une guerre civile sans pitié, des larmes se mêlèrent à la colère -à moins que ce soit des larmes de colères- j'ai su qu'elle se battrait à fond pour cette nouvelle cause qui lui tenait particulièrement à cœur.

Dans un autre registre, quand les premiers incidents ont eu lieu sur le plateau du Larzac, relayés par quelques médias commençant à relater « l’Affaire », j’ai su très vite qu’on se lançait dans une nouvelle aventure qui allait mobiliser toute notre énergie.    

La vie selon June                                                                                           - page 7


« Les gens honnêtes au pouvoir y seront aussi incapables que les malhonnêtes seront nuisibles ... » Louise Michel

Finalement, sur elle-même, sur son parcours, June était aussi diserte que moi. Pudeur réciproque. Évoquer une enfance et une jeunesse somme toute assez banales n'était pour nous qu'épanchements gratuits. Quelques mots nous échappaient parfois, quelques allusions  qui n'appartiennent qu'à soi. Des vies ballottées d'un côté ou d'un autre, transparentes. En fait, pour June, une vie de jeune fille pauvre, jeune fille de la campagne tôt placée pour aller faire la boniche chez les bourgeois. Dur apprentissage, instructif aussi à travers cette espèce de voyage initiatique dans l'univers étrange et étranger de la bourgeoisie.

La vie des autres est une énigme, la vie tout court sans doute, écrite souvent en encre sympathique; ne restent que des traces de souvenirs auxquelles on donne le sens qu'on veut, autant de vérités pour se rassurer. La vérité, c'est comme un prisme qu’on regarderait sous plusieurs angles sans s’apercevoir qu’elle est multiple et évolutive, qu'elle file entre les doigts comme une truite sauvage.

« Les bourgeois que j'ai connus, me disait June, ont des tas d’idées toutes faites sur tout, c'est fou, ils jugent tout à l’aune de leurs obsessions, expériences négatives, idées toutes faites transmises de génération en génération. Ce que leur famille leur ont inculqués.
J'ai beaucoup appris à leur contact. »

Ces familles, elle les trouvait  semblables, interchangeables, fondues dans un même moule, confondues dans des modes de vie identiques, même mentalité, mêmes réactions... si friables finalement, et sans surprise.

Expérience-libération qui guida son avenir, lui permit de prendre la mesure du sens de la révolte, l'immense pouvoir de libération qu'elle contenait. Pas de ces jacqueries sans lendemain qui explosent en feux de paille et retombent aussi vite qu'elles naissent. Pas non plus de ces colères réactives qui ne savent que détruire, bombes, attentats... autant d'actions sans lendemains.


Elle vivait les choses, les analysant sans avoir rien lu. Pas de théorie, que du vécu. Seulement la lecture de journaux qui racontaient les mêmes tranches de vie que la sienne. « En bonne raisonneuse, j'avais besoin de raisons pour agir. »
Et elle n'en manquait pas.

June dans ses rares confidences parlait beaucoup plus des autres que d'elle-même.  C'est ainsi qu'elle évoqua sa rencontre avec Alexandre Solovietski. 
« Méfiez-vous de vos amis, mes ennemis je m'en charge » disait parfois Alexandre Solovietski , un homme qui avait beaucoup roulé sa bosse, subi brimades, tortures et trahisons avant d'échouer dans une chambre de bonne mansardée au 121 du boulevard de la Villette, en face de chez June. Sympathie immédiate. Elle s'apprêtait à entrer dans son immeuble, Alexandre lui tenant obligeamment la lourde porte grinçant sur ses gonds, d'un air d'étranger étonné de rien, celui qui se sent chez lui n'importe où, et elle avec ses airs de fausse parisienne venue tout droit de sa Bretagne natale, connaissant peu de choses des embûches de la vie. Une jeune Bretonne qui aurait été bien étonnée si on lui avait tracé les sillons sinueux de sa ligne de vie.

Alexandre Solovietski fut un temps son pygmalion, lui apprit le sens de la liberté, cette indépendance de soi, cette distanciation qui conjurent le danger des réactions à chaud. « Alexandre m'apprit l'amitié comme lien librement consenti et engagement total, aussi fort que l'amour, une découverte pour moi qui, dans mon village, avait connu la pression du collectif, la personne vouée au groupe, qui ne comptait pas, avec des rapports sociaux conditionnés par les règles non écrites mais respectées par tout le mode au village. »
  
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Son parcours croisa aussi celui des Montcalm, qui ne cadraient pas vraiment avec leur milieu. Des bourgeois aussi, moins bornés, plus ouverts que ses précédents patrons, tous esprits étriqués qui lui donnaient une vision moins négative de son propre milieu. Eux lui semblaient plus ouverts, moins inféodés aux a priori de leur classe. Elle sentait qu'à leurs yeux elle existait, elle comptait enfin, d’être un peu plus qu’un chiffon et un balai, obéissante et dévouée. Même si le travail était dur, avec deux enfants dont le cadet très malade dont elle devait s’occuper en permanence. 

Jeanne-Marie Montcalm était toujours dépressive, sur le qui-vive, tremblant pour la vie de son enfant. June prit pitié d’elle et l’aida du mieux qu'elle pût. Mais le gosse mourut  subitement, d’une espèce de congestion semble-t-il, la laissant sans forces. Quand son mari se tua en voiture l’année suivante, elle sombra rapidement, perdant contact avec la réalité au point qu’il fallut l’interner. Un mélo invraisemblable. Alors, June partit ailleurs, trouva une autre place, puis une autre, sans s'attacher désormais à des patrons, s'engageant après la rencontre d'Alexandre, dans le combat qui allait guider sa vie

Un jour, elle en a eu marre de jouer la boniche; terminé, c'était fini. Elle venait d'avoir vingt ans. Elle refusait d'avoir la même existence que ses parents, elle avait envie de connaître le monde, de s'engager, de s'investir autrement que travailler pour vivre, comme elle le constatait autour d'elle, des gens le nez dans le guidon obnubilés par le quotidien et le souci permanent de savoir comment boucler le mois.
Elle savait au moins ce qu'elle ne voulais pas.


June m'a un jour présenté le fameux Alexandre, plus grand et encore plus maigre qu'elle me l'avait décrit.  On parla bien sûr de sa tragique expérience de la guerre puis de sa vie de dissident. 
« Vous savez, ma vie est ainsi faite d'images conditionnée sans doute par ma grande sensibilité, nous confia-t-il,  des images intégrées à ma psyché qui m'ont longtemps hanté. Me reviennent en tête ces images terribles des camps de concentration que je découvris à la Libération, qui me firent tant d'effet que je fus pris pris de tremblements et qu'on dut m'aliter. Un rejet physique indélébile.
J'étais encore tout jeune quand je découvris ces hommes sans âge, squelettes ambulants vêtus de haillons, visages haves de morts-vivants, d'une réalité si saisissante qu'elle m'impressionnèrent durablement. »

June aussi fut très impressionné par les propos d'Alexandre, toue blanche et sans forces face aux images qui la submergeaient. Devant l'émotion de June, il se fit prier pour continuer mais elle insista avec tant de conviction qu'il finit par y consentir.

« Oh me direz-vous, j'en ai vu d'autres, des cadavres ambulants dans les baraques gelées du Goulag. Pour les détails, je vous renvoie à Alexandre Soljenitsyne,  il a parfaitement décrit l'univers totalitaire des camps. Nul n'a mieux que lui disséqué la terrible logique de la terreur stalinienne et de ses séides. Moi, j'avais besoin d'échafauder des scénarios apocalyptiques pour conjurer la réalité. »

Jean-Paul qui nous avait rejoint, évoqua aussi ses souvenirs , la façon dont il avait été confronté à l'innommable. « Je ne sais plus à quelle occasion on me montra ces photos insupportables, sans doute séjournais-je chez ma tante qui ne cessait de me raconter les tourments endurés pendant la guerre, l'éclatement de la famille, la séparation de mes parents, le père partant pour l'étranger -il rêvait d'Amérique le pauvre, d'où il ne reviendrait pas- le retour de ma mère dans son village. Ce devait être à l'époque où ma tante travaillait pour une association qui s'occupait des enfants  espagnols victimes de la guerre civile -des orphelins en quête  d'un foyer et d'un peu de tendresse et des estropiés d'une guerre sans mercis qui n'épargnait même pas les enfants. »

On se rejoignait sur un point : peu de témoins évoquaient ce genre de souvenirs, ils avaient envie d'oublier ces années noires et de tourner la page. Et de facto, on avait mal vécu d'avoir été confrontés à la réalité. Ces histoires d'enfants mutilés, victimes de guerre, m'avaient longtemps poursuivie. Je me voyais sauter sur une mine, projeté jusqu'au ciel, errant dans l'infini désert de l'azur ... mon imagination était sans limites.  J'ai toujours eu des ressources imaginatives extraordinaires générant chez moi une hyper sensibilité sur certains sujets mais qui semble diminuer avec l'âge. 
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Ces situations auxquelles nous avions été confrontées, Alexandre les avaient vécues. Outre l'aspect terrible qu'on venait d'aborder,  se posait l'impact de tels événements sur les personnes. Selon June, si Alexandre réapprit la liberté comme un convalescent, il lui apprit cette mansuétude vis-à-vis de soi qui le portait à s'accepter tel qu'il était, à apprivoiser ses faiblesses et s'accorder des gratifications. « Une pause, une respiration, » disait-il à June quand il l'emmenait pour une longue balade dans ce Paris qu'il avait hâte de découvrir. Pour savoir respirer et s'extraire du poids du quotidien. Sa mentalité de slave l'amenait à considérer sa situation avec un certain flegme qui la désarmait et une faculté de recul qui la laissait sans voix.
C'était en fait deux caractères antinomiques qui se frottaient tout en se respectant, à pas de loup de peur de blesser l'autre, des champs magnétiques qui, selon les circonstances, se repoussaient ou s'attiraient. 


Il est vrai que pour Alexandre, son rapport à l'histoire n'avait rien à voir avec la situation française ; ce qu'il avait tenté de lui expliquer. « Comment dire... les pays d'Europe de l'Est ont tellement varié au cours de l'histoire, démembrés ou rattachés pour partie à d'autres pays, disparaissant parfois pour un temps, pour longtemps, qu'on ne perçoit pas le lien étroit en occident entre pays et nation. »

Sacha Shapiro                                                                                             - page 10 -

Les rencontres ne manquaient pas dans la vie de June. Elle disait volontiers en lançant la tête en arrière dans un éclat de rire, comme pour se justifier « Ma vie est plantée de jalons en forme de clefs » (phrase empruntée aussi à Bernard) mais cette fois-ci, ce fut différent.  Pourtant, comme tant d'autres, Sacha Shapiro avait transité par la turne de June durant plusieurs semaines, hébergé ensuite par les amis Morand qui logeaient une rue plus loin. Ils se revirent ainsi dans le quartier, au hasard des réunions chez les uns ou les autres, dans le bistrot de Guy Savenay qui servait de quartier général à la bande et leurs hôtes. J'ai toujours aimé ce genre d'amitié qui me rappelait la bande de copains de ma jeunesse, aussi je me sentais plutôt bien dans ce groupe et, à mon tour, j'ai vite sympathisé avec Sacha

Comme Alexandre, un parcours invraisemblable... et pourtant. Il était né dans une espèce de village irréel quelque part sur les marches de l'Est, passant une jeunesse hors du temps, hors d'une histoire qui n'allait pas tarder à le rattraper. Ne lui demandez pas sa nationalité, il vient d'un pays qui n'existe plus, un de ces villages frontières soumis aux aléas de l'histoire (et ils fourmillent par là-bas), écartelé, rattaché à l'Autriche-Hongrie avant d'être englouti par la guerre et décomposé en autant d'éclats répartis au gré des vainqueurs, dépouilles distribuées au hasard des équilibres politiques. 

Ses racines se baladaient entre la Pologne et l'Ukraine, où "son" village avait été finalement rattaché après la Seconde guerre mondiale
Mais lui ne le verra jamais. Un village mythique retranscrit dans son imaginaire à partir des souvenirs de la génération précédente, un village sans doute embelli par ces récits mais que ceux qui sont partis ne reconnaîtraient plus aujourd'hui.

Situation somme toute banale dans ces contrées ballottés par les tempêtes de l'histoire, qui me rappelait le cas Czeslaw Milosz, futur prix Nobel de littérature, né en Russie -en fait en Lituanie alors province russe- de parents polonais. L'invasion russe le chasse de la Lituanie, il rejoint la résistance polonaise à Varsovie mais, après la "soviétisation" de la Pologne, il parvient à rejoindre la France puis les États-Unis où, dégoûté je présume de l'Europe, il finit par obtenir sa naturalisation. Il citait le cas de son cousin Oscar-Venceslas de Lubicz-Milosz qui connut aussi les mêmes déboires, lituanien né dans un village de la Russie tsariste, Czéréia situé maintenant en Biélorussie, qui ne cessera comme délégué à Paris de la Lituanie, de défendre et célébrer ce pays et ses dynasties historiques : « Venez, je vous conduirai en esprit vers une contrée étrange, vaporeuse, voilée, murmurante… C’est Lietuva, la Lituanie, la terre de Gedymin et Jagellon.
La terre mythique de tous les exilés. 

Que de nostalgie dans cette déclaration d'amour à un pays mythique !

Des déracinés sur leurs propres terres, souvent éparpillés vers des cieux plus cléments. J'eus du mal à imaginer devenir étranger dans mon propre pays, un peu comme ces alsaciens devenus allemands par la grâce du Keyser, « malgré nous » ballottés, écartelés, impuissants. Sacha en avait une autre vision, disant que « ne pas sentir la glaise coller à ses chaussures rendait libre. » Libéré des contraintes du terroir et du carcan du collectif.
La liberté du nomade contre les servitudes du sédentaire.
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Il évoquait son parcours erratique par bribes, avec une moue qui en disait long sur ses réticences à en aborder certains épisodes. Il fallait le chauffer un peu pour qu'il consente à remonter le temps et parler d'événements qu'il aurait volontiers jetés aux oubliettes. J'avais de ce fait du mal à le reconstituer, même dans ses grandes lignes, entre anecdotes et confidences, comme un puzzle improbable, mélangeant parfois dates et références de péripéties qui se diluaient dans le temps.  

Le long chemin de ses parents commença par leur expulsion d'Ukraine, difficile pour Hanka sa future mère d'être socialiste révolutionnaire dans un pays communiste. Départ pour la France avec leur premier fils Konrad après l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933, l'atmosphère berlinoise devenant pour eux irrespirable. Son père part se battre en Espagne dès le début de la guerre civile, affecté à la colonne Durruti, dans la centurie Sébastien Faure, sa mère tombe malade, et voilà le tout jeune garçon placé dans un orphelinat. Retour-éclair en France pour le père après l'écrasement de sa 120ème brigade dans la région madrilène. Mauvaise pioche. 

Comme beaucoup d'étrangers, il sera rapidement envoyé au Vernet d'Ariège, espèce de camp de concentration à la sauce française, mouroir aux moyens dérisoires. Évasion réussie avec l'aide d'une déléguée de la Croix-Rouge qui avait ses entrées dans le camp, pendant qu'Hanka est envoyée avec son fils Konrad dans un autre camp, celui du Rieucros, près de Mende en Lozère. Le jeune garçon ne survivra pas aux conditions de vie que sa mère devra endurer jusqu'à la Libération.  

Sacha a été conçu peu après. Sa mère lui a toujours dit qu'il ne fallait établir aucun lien entre la mort de Konrad et sa naissance; qu'il n'était en aucun cas une espèce de consolation, une compensation à cette disparition. « Ma mère y tenait, me jurant qu'il n'existait aucun lien entre les deux événements, comme si ça devait me traumatiser à vie. A l'époque, je l'écoutais d'une oreille distraite, ne comprenant pas cet acharnement. "De toute façon, vous étiez si différents tous les deux, disait-elle comme pour s'excuser, Konrad ressemblait à son père, un vrai Shapiro, et toi, tu es tout le portrait de mon père, tu tires du côté des Grossen". » Son père, reparti dans les brumes soviétiques, ne donna plus signe de vie. Il disparut probablement dans les étendues glacées de la Sibérie stalinienne comme tant d'autres; nul n'en entendit plus jamais parler.

Sacha pensait rarement à ce père inconnu qui était allé par une espèce de nostalgie se jeter dans la gueule du loup après toutes les tribulations qu'il avait traversées, après avoir connu en Espagne la hargne des communistes contre les anarchistes, comme s'il avait décidé de choisir sa mort à travers cet ultime défi. 

Cette fois-ci, on s'était attardés dans le bistrot de Guy Savenay qui, à cette heure tardive, se vidait peu à peu. Sacha était dans un mauvais jour, en veine de confidences, disant que les slaves étaient ainsi, qu'avec eux, c'était tout ou rien. « Toute cette épopée survenue avant ma naissance a pourtant laissé des traces dans mon esprit. Ces événements, que je découvrais au hasard de la vie, ont sans doute travaillé mon imagination. Un peu comme si je les avais vécus moi-même. »

Sacha se voyait parfois alors dans ses rêves de revanche en sauveur de la famille, défendant son père, pourfendant ses assassins, ressuscitant son grand frère, (c'était son obsession) et d'être, comme son père, assez déraisonnable pour défier la mort. C'était son rôle de devenir un justicier, celui qui se devait de ramener sa famille au berceau, dans ces contrées fantasmées du Grand Est qu'il ne connaîtrait jamais. En fait, il ne tenait nullement à confronter ses rêves à la réalité.
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Il savait bien au fond de lui que la vie avait repris là-bas comme elle pouvait et qu'il valait mieux faire table rase du passé. Personne ne l'attendait, il n'y avait plus d'attaches, tous étaient morts ou dispersés dieu sait où, dans quelle galère aurait-il été se fourrer ? Quel avenir se forger dans ces pays reconfigurés par les soubresauts des armes. « Rien ne sera jamais comme avant » disait-il à June quand elle lui demandait s'il ne ressentait jamais le mal du pays. Non, évidemment, rien ne sera comme avant.

Il avait lu Czeslaw Milosz et son concept d'Europe médiane, ces fragments d'Europe, éternels sacrifiés de l'Histoire, coincés entre Russie et Germanie, « entre deux mondes, entre deux périodes, entre deux avenirs » écrivait un commentateur. Des populations marqués par une culture soviétique pendant plusieurs générations, qu'elles ont intégré tout en maintenant comme sur un palimpseste un fond de leur culture originelle. La famille de Sacha était de ceux-là.

Il avait lu aussi Les Disparus, le livre-témoignage de Daniel Mendelsohn, parti à la recherche des juifs disparus du village de Boleslow (en polonais) ou Bolekhiv (en Ukrainien), passé à la Pologne puis à l'Ukraine, riche avant la Seconde guerre mondiale de sa communauté multiculturelle disparue, qui écrit à propos des survivants : « On veut oublier, mais on ne doit pas oublier, on ne peut pas oublier. » Laurent Gaudé dans Le Soleil des Scorta parle « des milliers de murmures fautifs accumulés au fil des années, les pleurs ravalés, les confessions honteuses, tout ressort. Comme de longues brumes de douleur dont le vent parfume les collines. » 

Il est des souvenirs qui affleurent soudain, des récits qui remontent des arcanes de la conscience, qui sortent sans prévenir de l'oubli.
Lui non plus ne pouvait se résoudre à oublier; à renier sa famille et tout un pan de son passé.
<<<< • • Christian Broussas • June Perray • °° © CJB  °° • • 20/04/2015 >>>>