dimanche 30 mars 2014

Georges Perros

<<<<<<<< Georges Poulot dit Georges Perros (1923-1978)  >>>>>>>>

« Qu’a donc écrit Georges Perros » demande-t-on parfois ? Il est vrai que la poésie [1] n’est plus guère dans l’air du temps et que sa prose est faite de « Papiers collés », du nom de son recueil de réflexions griffonnés sur des bouts de papier [2] ou de Télénotes, ensemble de critiques littéraires et télévisuelles. [3]

Ce parisien va tomber amoureux de la Bretagne et partir s’installer avec femme, enfants et leur maigre bagage à Douarnenez à partir de 1959, saisi par « l’éblouissement provoqué par la mer. » Paris le fatigue, la routine de son métier de comédien à la Comédie-Française, son travail de lecteur pour Jean Vilar, même si, écrit-il, « aimer lire est une passion, un espoir de vivre davantage, autrement, mais davantage que prévu ».

 Georges Perros
Perros, l'homme à la moto (offerte par Jeanne Moreau)

Il connaît bien ce coin de Bretagne où il séjourne souvent depuis plusieurs années, ce port du Finistère à l’entrée du cap Sizun, à portée de la pointe du Raz. Ici, il est un anonyme, monsieur Georges Poulot de son vrai nom, qui grimpe dans une mansarde au hasard des locations pour s’adonner à ses péchés favoris : lire et écrire. Il écrira dans ses "Papiers collés", que « La solitude tenue n'est ni un exploit, ni un retrait. C'est un plaisir, comme l'incognito. Rien ne prouve que le plaisir soit un phénomène heureux. »

Le quotidien est difficile, surtout pour sa famille, sa femme Tania et leurs trois enfants. [4] Ils déménageront plusieurs fois, d’abord dans une maison de garde Touldriz, « le trou de ronces », dont il dit, « Je suis installé en pleine brousse dans une petite bicoque. Deux pièces, dont une mansarde assez proche de celle de Meudon », mais avec vue imprenable, « là-bas, prise dans un coin du regard, la mer ».

La maison de Georges Perros

Puis ce sera la vie en immeuble, rue Emile Zola, la HLM de la cité Richepin en 1964, enfin une petite maison de pêcheur à l’écart de la ville, située sur le site naturel des Plomarc’h,  au-dessus de la mer, encore une vue imprenable.

Il racontera sa fin tragique, son expérience du cancer du larynx qui le priva de sa voix et allait l’emporter deux ans plus tard, dans une œuvre témoignage qu’il intitula « L’Ardoise magique ».

Citations et commentaires
- « Peut-être que le poème et le fragment de langage le plus utile à l'homme qui veut changer le monde... Etre des hommes avec les hommes. Parler ». Entretien avec Perros, 1975
-
« J'ai très souvent l'impression de ne pas écrire en mon nom, de n'être là que par hasard ». Une vie ordinaire
- « Vivre, c'est enregistrer. Ce qu'on appelle l'inspiration, ce ne sont que les moments privilégiés où la cire humaine trouve aiguille adéquate  ». Papiers collés 1
- « Ecrire, c'est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à nous ». Papiers collés 1

Notes et références
[1]  Il a écrit à ce propos : « La poésie, pour moi, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir. »
[2] Ses réflexions sont mêlées à des études sur la littérature, centrée sur des écrivains comme Kafka, Rimbaud, Hölderlin ou Kierkegaard, s’interrogeant sur l’existence quotidienne.

[3] « Il écrira dans Papiers collés, Moi, à force d'écrire des fragments, j'ai dû en devenir un. »
[4] À Douarnenez il vit avec Tania son amie russe qu'il épouse en 1963, et leurs trois enfants Frédéric, Jean-Marie et Catherine.
 
       <<< • • Christian Broussas • Georges Perros • °° © CJB  °° • • 03/2014 >>> 


samedi 29 mars 2014

Nobel de littérature : Les « nobélisables » en 2013

En matière littéraire, en tout cas pour le comité Nobel, l’année 2013 peut être considérée comme l’année de la femme. Certes, parmi la quinzaine d’écrivains qui restent parmi les favoris depuis plusieurs années, on retrouve toujours en 2013 les américains Philippe Roth et Thomas Pynchon, le franco-tchèque Milan Kundera et l’italien Umberto Ecco qui se retrouvent plutôt en queue de peloton cette année, ainsi que des écrivains moins connus, en tout cas en France, comme le hongrois Péter Nádas et  le dramaturge norvégien Jon Fosse.

Peter Nadas        Péter Nádas et  Jon Fosse

Reste le cas du romancier japonais Haruki Murakami mondialement connu et apprécié qui fut le grand favori ces deux dernières années, encore battu donc en 2013 malgré le succès considérable et mondial de son dernier roman. Peut-être faut-il y voir un souci d’équilibre cher au comité Nobel qui a déjà couronné ses compatriotes Yasunari Kawabata et Kenzaburo Oé et, plus récemment, les écrivains chinois MoYan et franco-chinois Gao Xingjian. 

     
    Yasunari Kawabata               Kenzaburo Oé            Gao Xinjian

La liste comprend quelques outsiders qui ont a priori une chance assez mince, mais avec le comité Nobel, on ne sait jamais, il aime parfois se démarquer des tendances dominantes et les surprises n’ont jamais manqué. Comme le dit l’éditeur suédois Svante Weyler, « l’Académie prend un certain plaisir à surprendre, à agir de manière un peu irrationnelle. » De plus, depuis les polémiques qui ont suivi l’attribution du prix Nobel à l’écrivain chinois Mo Yan à qui certains, comme le prix Nobel Herta Müller, ont reproché son laxisme vis-à-vis du pouvoir chinois, incite le comité Nobel à éviter et même à écarter les écrivains qui feraient controverse par leurs positions politiques.

Parmi ces outsiders, les noms qui reviennent le plus souvent sont d’abord les poètes coréen Ko Un et le franco-syrien Ali Ahmed Saïd Esber, connu sous son nom de plume Adonis, l’israélien Amos Oz (Amos Klausner) qui défend l’instauration d’un double état au Proche-Orient ou le kenyan Ngugi wa Thiong’o qui enseigne au Etats-Unis, reparti de son pays qu'il avait regagné en 2004, après avoir subi des violences.

Mais ce sont des femmes qui dominent dans le peloton de tête. Outre la lauréate Alice Munro et sa particularité d’être une nouvelliste –ce qui est une première- trois autres femmes étaient aussi fort bien placée pour briguer cette distinction.


 
                        Alice Munro                                               Herta Müller

D'abord l'écrivaine et journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch et ses oeuvres particulières sous forme de"reportages polyphoniques" qu'on a parfois qualifiée d'auteur documentaire, et considérée comme une dissidente qui, pour cette raison, a longtemps vécu à Berlin avant de pouvoir regagner son pays et de s'installer à Minsk.
Autre écrivaine engagée, la franco-algérienne Assia Djebar, connue pour prôner l'émancipation des femmes et défendre de part le monde les droits de la femme. Lauréate de nombreuses récompenses internationales, elle a fait une entrée remarquée à l'Académie française en 2006.

     
     
Svetlana Alexievitch                                  Assia Djebar


Dernière personnalité de ce trio du peloton de tête, l'américaine Joyce Carol Oates que le président Barack Obama a décoré en 2010 pour "sa contribution aux lettres américaines", qui aime traiter des sujets d'actualité centrés sur les affinités homosexuelles dans Sexy, sur des personnalités comme Marylin Monroe dans Blonde ou l'accident de Ted Kennedy dans Reflets en eau trouble.

  Joyce Carol Oates

  <<< • • Christian Broussas • Nobélisables 2013 • °° © CJB  °° • • 03/2014 >>>

mercredi 26 mars 2014

John Steinbeck

<<<<<<<<<<<<<<<  Steinbeck de Salinas à l'Est d'Eden  >>>>>>>>>>>>>>>>>>



On ne peut guère dire que Steinbeck se soit fait remarquer dans sa jeunesse. Il quitte l’université en xxx à l’âge de xxx sans aucun diplôme et, après quelques années passées à New-York, repart chez lui à Salinas en Californie. Son œuvre est tout empreinte de ses paysages, de ces relations et de cette ambiance qui se dégage de l’Amérique de l’Ouest.

En 1900, ses parents achètent une belle maison à deux étages de style victorien à Salinas, située à l’angle de Central Avenue et de Stone Street où John naît en février 1902. Il la vendra en 1936 après la mort de ses parents. En 1971, la maison a été cédée à une association à but non lucratif et, après des travaux de restauration, elle fut transformée en restaurant gastronomique. Répertoriée comme œuvre littéraire historique en 1995 et lieu historique en 2000, elle contient des souvenirs et des photographies de la famille Steinbeck ainsi que des ouvrages de l’écrivain.


La maison de Salinas

Ses débuts littéraires ressemblent à ses débuts dans la vie. Son premier roman « La Coupe d’or, » une fiction basée sur la vie de Henry Morgan, passe inaperçu. En 1930, il épouse Carol Henning et déménage à Pacific Grove. Il y rencontre Edward Ricketts, un biologiste avec qui il se lie d’amitié. D’autres romans suivront comme « Les Pâturages du Ciel, » histoires se passant dans la ville de Monterey, « Le Poney rouge » ou « Au dieu inconnu, » mais le succès n’est toujours pas là.

Il reste au chevet de sa mère malade qui décède en 1934 puis son père l’année suivante. Pourtant, la chance lui sourit alors avec le succès « Tortilla Flat » puis ce sera « Des souris et des hommes » et « En un combat douteux » même s’il constate qu’autour de lui « Il y a des émeutes dans Salinas et des meurtres dans les rues de cette chère petite ville où je suis né ».  En 1938, c’est « Les Raisins de la colère » et bien qu’il trouve que son roman n’est pas à la portée du grand public, qui remportera un franc succès et recevra le Prix Pulitzer.

Après son remariage avec Gwyndolyn Conger en 1943, il part s’installer à Monterey, mais le courant passe mal et il repart assez vite pour New York puis s’établit à Pacific Grove en 1948 avec sa femme et ses deux fils Thom et John. Après un voyage en Russie avec Robert Capa qu’il relatera dans  son « Journal russe. » Après la mort de son ami Ricketts et son second divorce, Il se remarie en 1950 avec Elaine Anderson Scott et publie deux ans après son grand roman « À l’est d’Eden ».

Nouveau déménagement en 1955 à Sag Harbor, dans l’État de New York et premiers ennuis de santé en ce qui l’incite à profiter de la vie et à voyager en Angleterre, au Pays de Galles et de sillonner l’Amérique en 1960. Il traverse de longues périodes de doute, regrette une notoriété qui le détourne « des vraies choses, » notoriété décuplée quand il reçoit le prix Nobel de littérature en 1962. Après un dernier voyage en Europe, il s’éteint à New-York en décembre 1968.


Steinbeck avec sa femme Elaine

Si la Californie en particulier, ainsi que les villes où il a vécu sont très présentes dans l’œuvre de Steinbeck, il met aussi souvent en scène des personnages de la vie de tous les jours, des gens de la classe ouvrière, confrontés aux répercussions de la crise économique de 1929 et aux grandes tempêtes qui ont secoué l’Amérique pendant les années trente. Il aimait beaucoup se comparer à ce qu’il appelait Pigasus -un cochon volant-, « attaché à la terre mais aspirant à voler, » ce que sa dernière femme Elaine Steinbeck traduisait en parlant d'une « âme lourde mais essayant de voler ».

Il a précisé sa conception du rôle de l’écrivain qui selon lui « est chargé d'affirmer et même de célébrer la noblesse virtuelle du cœur et de l'esprit de l'homme : sa vaillance dans l'échec, son courage, sa compassion, son amour. Dans la guerre sans fin contre la faiblesse et le désespoir, il représente la bannière qui rallie l'espoir et l'émulation… »

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