vendredi 5 janvier 2018

Un moment d'exception

Les subtilités des formes poétiques classiques : Le rondeau

          


Le rondeau est un poème médiéval à forme fixe composé de  trois strophes isométriques (même structure, même longueur) construites sur deux rimes, souvent avec des répétitions et se fermant sur lui-même (en rond), à l'origine du nom. Sur le fond, lié à l'origine à la musique, le rondeau est souvent léger et badin. C'est une forme souple et enlevée basé sur l’octosyllabe (vers à 8 pieds) ou le décasyllabe (vers à 10 pieds) utilisant le tercet (strophe de 3 vers), le quatrain (strophe de 4 vers) ou le quintil (strophe de 5 vers). Apparu dès le XIIIe siècle et modifié aux XVe et XVIe siècles, il est ensuite délaissé par les poètes, même si on en trouve des traces jusqu’au XIXe siècle.
Vous suivez toujours ?

Le rondeau classique est "à quatrains" de 13 vers regroupés soit en en deux quatrains suivis d'un quintil, soit deux quintils qui entourent un tercet.
Le plus souvent, les rimes des différentes strophes sont soit des rimes embrassées, soit des rimes croisées, les deux dernières strophes reprenant  les termes du premier vers, agissant ainsi comme une espèce de refrain. 

Avez-vous bien suivi ?
Comme je vous aime bien, je vous ai concocté un petit exemple de rondeau classique, intitulé
Un moment d’exception :

Elle sommeillait si lascivement  
Offerte ainsi à une douce brise,  
Sur le sofa, reposant très simplement,
Les yeux clos, la taille fort bien prise
Dans les dentelles de son vêtement.

 
          J’osai un simple geste, doucement,
          Intimidé par sa superbe mise,
          Ravi par un minois aussi charmant.
          Elle sommeillait… quel beau moment…

Faire du bruit n’eût pas été de mise.
Je détournais le regard prestement
Avant que ses attraits ne me grisent,
Caressant de mon regard avenant
Le velours de lèvres couleur cerise.  
Elle sommeillait… quel beau moment…
 

<< Christian Broussas - Rondeau - 4/01/2018 • © cjb © >>

Passent les mondes

Sur une phrase de leibniz...
 
    

        C’est un curieux contraste entre tout et rien,
        Un mystérieux mélange de va et vient,
        Des entre-mondes pris dans les interstices
        Écartelés entre réel et factice,
        Quand notre  monde nous renvoie un écho  
        À peine déformé de nos propres maux,
        Tout se brouille entre l’infiniment petit
        Et le sombre vertige de l’infini.

        Oh, malgré les bonnes paroles des apôtres,
        « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre,
         Leur succession ne signifie peut-être rien.
 »

         Toutes les joies et les peines, ça va ça vient
         Il faut s’y faire, c’est ainsi que vont les choses,
         C’est selon, virant au noir et parfois au rose,
         Sans pour autant vraiment éclairer l’horizon
         Et desserrer les grilles de notre prison.

         Qu’est-ce que les sentiments si les mondes passent,
         Condamnés, arasés par le temps, que tout lasse,
         Qu’est donc cette réalité qui fuit le temps,
         S’effiloche en se délitant aux quatre vents,
         Qui n’est déjà plus à la seconde suivante
         Reléguée au loin par les ans, déjà absente,
         Même si alternent ici bas joies et peines
         Sans grand souci de ce qu’ensuite il advienne,
         Que le silence des cieux nient l’humanité,
         Même si nos vies ne sont rien que vanités,
         Même s’il ne reste rien de nos passions,
         Eux aussi ne sont qu’éphémères illusions.

         Qu’avons-nous d’autre qui puisse nous satisfaire,  
         Qu’en appeler au ciel par de belles prières,
         Égarés dans les arcanes de cette terre
         Si sereine qui nous est parfois étrangère ?
         Nous pouvons lancer aux chiens nos vanités comme
         Le hasard farceur joue aux dés avec les hommes,
         Comme s’il fallait jeter nos imprécations
         Inutiles au grand vent de nos déraisons,
         Le destin de l’homme et son âme vagabonde

         Ne se confond-il pas avec le sort du monde ?

        
<< Christian Broussas - Leibniz - 3/01/2018 • © cjb © >>

La complainte du légume

     
      
              << Christian Broussas - Légumes - 30/12/2017 • © cjb © >>

Le premier poème français

Sainte Eulalie 

      
Sainte Eulalie          Le martyr de Ste Eulalie           


Eulalie de Mérida est une martyre espagnole du IIIe siècle. Très populaire dans son pays mais aussi en France, elle est connue par la Cantilène de Sainte Eulalie ou chant profane dédié à Sainte-Eulalie.

  Retable de Sainte Eulalie

Ce poème a été composé à l'abbaye de Saint-Amand, près de Valenciennes, peu après 878, date de la découverte des reliques de la sainte. C'est l'un des plus anciens documents en langue d'oïl mais il porte déjà la marque de notre langue actuelle.
On le considère souvent comme le premier poème écrit en "langue vulgaire", mélange de mots latins et vernaculaires, bien avant l’ordonnance de Villers-Coterêts qui a imposé l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique.

     Ste Eulalie par Waterhouse, 1885 (détail)
 
La Cantilène de Sainte Eulalie (IXème siècle)

Version originale Adaptation en français moderne
Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimis,
Voldrent la faire diavle servir.
Il non eskoltet les mal conseillers,
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued avrisset de nos Christus mercit,
Post la mort, et a lui nos laist venir.
Par souve clementia.
Bonne pucelle fut Eulalie
Bel avait le corps, plus belle l'âme.
Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle n'écoute les mauvais conseillers,
Sous forme de colombe vola au ciel.
Tous prions que pour nous daigne prier
Que de nous Christ ait merci,
Après la mort, et à lui nous laisse venir.
Par sa clémence.


 Sainte Eulalie de Mérida est une vierge martyre morte en 304, célébrée dans un hymne de Prudence ( Peristephanon 3) et dans la célèbre Séquence de sainte Eulalie, premier texte littéraire en français.

Elle aurait dit après son jugement, au juge (dans plusieurs légendes hagiographiques, il s'agit du proconsul Dacien) :
Isis Apollo Venus nihil est,
Maximianus et ipse nihil:
illa nihil, quia factu manu;
hic, manuum quia facta colit

En français, ces quatre vers peuvent être traduits par : « Isis, Apollo et Venus ne sont rien, pas plus que Maximilien : ils ne sont rien car ils ont été forgés par la violence ; ici, des mains que le crime honore ».

<< Christian Broussas –Ste Eulalie - 18/12/2017 • © cjb © >>

vendredi 22 décembre 2017

Tenir la cadence

 
Il va falloir tenir la cadence,
Le rythme pour entrer dans la danse,  
À toute vitesse, tâche immense
Pour savoir imposer sa présence,
Aucun temps mort, aucune vacances,
Pas de distance, on prend de l’avance.

Pas de temps perdu pour les tourments
Même si tu en prends plein les dents,
Un coup de rein, un coup de rameur,
Ça fait mal, c’est pas pour les frimeurs,
Ça fouette et met du cœur au ventre,
Faut s’ébrouer, sortir de son antre,
Va falloir la tenir la cadence,
Et tout ça, c’est pas gagné d’avance.

Bonne façon pour garder la forme,
Pour plaire et pour rester dans la norme,
Bien protégé, planqué dans le rang
Pas vraiment besoin d’avoir du cran.
Regarde bien droit devant toi,
Bien en face pour avoir la foi,
Voilà c’est pas si mal, t’es présent,
Et bien placé dans le sens du vent.

Vas-y, vas-y, tiens bien la cadence,
Entre avec les autres dans la danse,
Et ferme les yeux pour le moment,
Il n’y en a plus pour très longtemps,
Ce n’est qu’une question de souffle,
Courbe l’échine, reste bien souple,
À force, on se coule dans l’ moule,
Super cool, bien caché dans la foule,
Tu verras, ce n’est guère qu’un rite,
Une habitude et on s’y fait vite.

Venez, les petits gars du monde
Venez, entrez tous dans la ronde,
Allez, prenez-vous par la main,
Le bonheur est bien pour demain,
Il est fait de tout petits riens.
N’en déplaise aux esprits chagrins,
Y’a pas d’mal à s’faire du bien.

 Chantez cet hymne au grand vide
Avant d’avoir trop de rides,
Pas question de rester seul 
Car, comme dit le grand Schmoll,
« Faudrait pas avoir le blues »
Ce serait vraiment la lose.

Dans ce formidable univers sans frontières,
Glissons-nous sans attendre dans le grand concert
Des nations et rendons hommage sans façon
Au temps béni de la mondialisation.


<< Christian Broussas –Cadence - 22/12/2017 • © cjb © >>

lundi 25 septembre 2017

Poème à vivre

« Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre. »  
Albert Camus - L'endroit et l'envers 

                       Il y a des jours comme ça
                           Qui résonnent jusqu’aux cieux
                           Des jours vraiment bénis des dieux,
                           Si merveilleux qu’on n’y croit pas.
 
                            Simplement des jours comme ça,
                           Douce quiétude sans tracas
                           Qui finalement, quoi qu’on fasse,
                           Nous mène à cet état de grâce  
                           Où rien ne paraît impossible,
                           Où l’on se sent presque invincible.

                           Ô, seigneur, qu’il en soit ainsi
                           Toujours, tout au long de la vie.
                           À partir d’aujourd’hui, chaque matin,
                           N’en déplaise aux esprits chagrins,
                           Chaque instant sera une fête.
                           Se mortifier serait bien bête
                           Pour se priver tant et encore
                           De quelques bulles de bonheur.

                            Ô, faudrait-il au plus intime
                           Qu’il y ait toujours des victimes
                           Qu’il y ait toujours des bourreaux
                           Pour maquiller le vrai en faux ?
                           Ô, suave paix intérieure
                           Propre à conjurer toute peur,
                           Il faut bien que tu nous entraînes
                           Sans ressentiment et sans haine
                           Ici, jusqu’au bout de la nuit,
                           Là-bas, jusqu’au bout de la vie.

                               

<<  Ch. Broussas –Poème à vivre- 18/08/2017 • © cjb © • >>

L'âme de Courmangoux

              Hommage à Courmangoux - 01 -
              En forme d'acrostiche


           Fontaine à Roissiat

              Court, file douce âme de mon village,
             Ou grimpe, grimpe à travers les âges,
             Unit tous les hommes à ton image.
             Repart vers la carrière de Roissiat,
             Migre aussi vers l’étang de Chevignat,
             Abolit cet été de canicule
             Né de la sauvagerie du Grand Brûle,
             Gonfle ta grande voile de bonheur,
             Oui, ce village a une âme et du cœur,
             Une âme d’une compassion profonde,
             Xénophile et ouverte sur le monde.

          Le plan d'eau
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    << Christian Broussas • © CJB  ° • 18/07/ 2017  >>      
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